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Toiture

Solin de toiture : rôle, types et pose du raccord étanche

Le solin étanche le raccord entre couverture et mur ou souche : types mortier, plomb, zinc, bande souple, règles de pose, défauts courants et prix au mètre.

10 min de lecture 2008 mots
Solin de toiture : rôle, types et pose du raccord étanche

Le solin rend étanche la jonction entre un pan de couverture et un ouvrage vertical : souche de cheminée, mur mitoyen, joue de lucarne. Il recouvre le raccord, renvoie l’eau sur les tuiles et s’ancre dans la maçonnerie par une saignée ou un profilé rapporté.

Une toiture ne fuit presque jamais en partie courante. Elle fuit à ses raccords, là où deux ouvrages de nature différente se rencontrent et travaillent chacun à son rythme. Le solin traite exactement cette frontière, et c’est la première pièce qu’un couvreur inspecte quand une tache apparaît au plafond.

Ce que le solin protège, et où il se pose

Un mur qui dépasse de la toiture reçoit la pluie sur toute sa hauteur. Cette eau descend le long de la paroi, atteint le niveau des tuiles et cherche à passer derrière elles. Sans dispositif, elle entre dans le raccord, mouille l’écran de sous-toiture, imbibe le liteau puis le chevron.

Le solin coupe ce chemin en deux temps. Sa partie horizontale, la bavette, repose sur la couverture et renvoie l’eau vers l’aval. Sa partie verticale, le relevé, remonte contre le mur d’une quinzaine de centimètres et empêche tout contournement par le haut. La liaison entre le relevé et la maçonnerie constitue le point critique de l’ensemble.

Quatre situations réclament un solin sur une maison individuelle :

  • la souche de cheminée, avec un traitement différent sur chaque face : amont, latéraux, aval ;
  • le mur mitoyen ou le mur de refend contre lequel meurt un rampant ;
  • les joues verticales d’une lucarne ou d’un chien-assis ;
  • le raccord d’une véranda, d’un appentis ou d’un carport à la façade de la maison.

La face amont de la souche, celle qui regarde le faîtage, concentre les difficultés. Toute l’eau du pan situé au-dessus vient buter contre la maçonnerie. Les zingueurs y ajoutent une pièce en forme de dosseret, parfois appelée besace, qui divise le flux et le renvoie de part et d’autre. Négliger cette face amont explique une bonne part des infiltrations autour des cheminées anciennes.

Le solin travaille en équipe avec la seconde ligne de défense de la toiture. Le relevé de l’écran de sous-toiture contre la souche doit lui aussi remonter et être fixé, sans quoi l’eau qui franchirait le solin filerait directement sur l’isolant. Ce principe de double barrière est détaillé dans notre page sur l’écran de sous-toiture et ses règles de pose.

Solin en zinc neuf ceinturant une souche de cheminée en briques sur une toiture en tuiles

Ne pas confondre solin, bande de rive, closoir et abergement

Le vocabulaire de la couverture entretient la confusion entre quatre pièces qui se ressemblent en profil mais ne se posent pas au même endroit. Une commande passée sur le mauvais terme se solde par un aller-retour au négoce.

  • Le solin ferme la rencontre entre la couverture et un ouvrage vertical qui continue vers le haut.
  • La bande de rive ferme le bord latéral d’un pan, là où la couverture s’arrête dans le vide au-dessus du pignon. Rien ne remonte au-dessus d’elle.
  • Le closoir ventile et ferme une ligne de couverture : faîtage, arêtier, parfois rive. Il laisse circuler l’air sous les tuiles tout en bloquant l’eau et les nuisibles.
  • L’abergement désigne l’ensemble des pièces qui ceinturent une pénétration : sortie de toit, conduit, fenêtre de toit. Le solin en fait partie, il en est même la pièce maîtresse.

Retenez le critère qui tranche : le solin suppose un ouvrage vertical persistant au-dessus du plan de couverture. La bande de rive suppose un vide. Le closoir suppose une arête. Sur une fenêtre de toit, la pièce livrée en kit par le fabricant est un abergement complet, dont les côtés se comportent comme des solins latéraux.

Selon la forme de la couverture, le nombre de raccords à traiter varie du simple au triple. Un toit à deux pans sans lucarne réclame peu de solins, une toiture complexe à croupes et décrochements en multiplie les mètres linéaires, comme le montrent les différents types de toiture et leurs points singuliers.

Lucarne à joues verticales couverte d’ardoises, dont les raccords sont ceinturés d’une bande métallique sombre

Quatre familles de solins, quatre durées de vie

Le choix du matériau détermine autant la longévité du raccord que le prix du chantier. Chaque famille a un domaine d’emploi précis.

Le solin au mortier, l’héritage du bâti ancien

Le procédé traditionnel consiste à noyer le bord des tuiles dans un bourrelet de mortier appuyé contre la souche. Le résultat se voit encore sur des millions de maisons françaises, souvent sous forme d’un bandeau gris fissuré.

Son défaut est structurel. Le mortier est rigide, la souche bouge sous l’effet des variations de température, la charpente travaille avec l’humidité. Le joint finit toujours par se microfissurer, puis par se décoller par plaques. La série NF DTU 40, qui régit les couvertures en petits éléments, traite le raccordement aux ouvrages verticaux par bandes métalliques façonnées, et non par un joint maçonné seul.

Les bandes métalliques façonnées : plomb, zinc, aluminium, inox

C’est la solution de référence. Les bandes de solin métalliques relèvent de la norme NF P 34-402 sur les bandes métalliques façonnées, et leur emploi est visé par le NF DTU 40.21 pour les tuiles de terre cuite à emboîtement comme par le NF DTU 40.24 pour les tuiles en béton.

D’après la fiche technique publiée par la Fédération française du bâtiment sur la mise en œuvre des bandes de solin métalliques, les épaisseurs minimales sont fixées matériau par matériau :

  • zinc : 0,65 mm ;
  • cuivre : 0,50 mm, conforme à la norme NF EN 1172 ;
  • acier inoxydable : 0,40 mm, selon la norme NF EN 502 ;
  • plomb : 1,5 mm jusqu’à 1 m de développé, 2 mm au-delà et jusqu’à 1,50 m, conformément à la norme NF EN 12588.

Le plomb garde un avantage décisif sur le bâti irrégulier : il se maroufle à la main et épouse le relief d’une pierre ou d’une brique ancienne sans outillage. Le zinc, plus rigide, se façonne en atelier et donne une ligne nette sur une maçonnerie droite. L’aluminium prélaqué se travaille facilement et se décline dans les teintes de tuiles. L’inox s’impose en atmosphère marine ou industrielle, là où le zinc se corrode plus vite.

Les bandes souples auto-adhésives

Ces rouleaux, apparus pour remplacer le plomb sur les chantiers courants, associent une membrane plissée et une bande de butyle. La membrane se déroule sur la tuile, s’étire pour épouser les ondes, puis se plaque à la main. Un profilé de finition vient ensuite pincer le haut du relevé contre le mur.

Leur intérêt tient à la rapidité de pose et à l’absence de plomb. Leur limite est la durée de vie : les fiches produits des distributeurs annoncent 15 à 20 ans pour une bande souple, contre 30 à 50 ans pour un zinc façonné. Sur une souche neuve destinée à durer, la bande métallique reste le choix rationnel.

Bande souple d’étanchéité couleur terre cuite marouflée à la main contre un mur de briques, au-dessus d’un rang de tuiles

Les règles de pose qui font l’étanchéité

Un bon matériau mal posé fuit aussi vite qu’un mauvais matériau. Toute la performance se joue sur trois points : l’ancrage haut, le recouvrement entre éléments et la ventilation du raccord.

L’ancrage haut se traite de deux façons. La méthode traditionnelle est l’engravure : une saignée est ouverte à la meuleuse dans la maçonnerie, sur environ 3 mm de large, à une profondeur minimale de 25 mm relevée dans les guides de mise en œuvre. Le relevé y est inséré, calé, puis la saignée est comblée au mastic polyuréthane de façade. La seconde méthode utilise une bande porte-solin, profilé vissé en applique dans lequel le relevé vient se pincer, sans entamer le mur.

La séquence de pose sur une souche de cheminée suit toujours le même ordre.

  1. Déposer les tuiles du pourtour et dégager le raccord jusqu’au support.
  2. Relever et fixer l’écran de sous-toiture contre la maçonnerie, avant toute pose métallique.
  3. Traiter la face aval, puis les faces latérales du bas vers le haut, puis la face amont : chaque pièce recouvre la suivante dans le sens de l’écoulement.
  4. Ancrer le relevé, par engravure ou par profilé, avec des fixations mécaniques espacées de 30 à 35 cm.
  5. Reposer les tuiles sur la bavette, jamais sous elle, et vérifier le libre écoulement à l’eau.

Le recouvrement entre deux éléments successifs mérite une attention particulière. Les prescriptions de la profession retiennent au minimum 10 cm de chevauchement, davantage en faible pente ou en zone ventée. Une bande de solin livrée en 2 m sur un mur de 6 m se pose donc en quatre éléments, pas en trois bout à bout.

Dernier point souvent oublié : la lame d’air sous la couverture doit rester libre au droit du raccord. Un solin qui vient plaquer les tuiles contre la maçonnerie coupe la circulation d’air et crée un point froid où la condensation s’accumule. Le sujet rejoint directement la ventilation de la toiture et la gestion de la condensation.

Les défauts qui reviennent sur les toitures anciennes

Sur une maison de plus de trente ans, le solin figure en tête des désordres relevés lors d’un diagnostic de couverture. Les mêmes causes reviennent.

  • Le mortier fissuré ou décollé, qui laisse une lame d’eau descendre derrière le bourrelet.
  • Le relevé simplement collé au mastic sur un enduit, sans engravure ni profilé : la première dilatation le décolle.
  • Le solin posé sous les tuiles au lieu d’être posé dessus, qui transforme la bavette en gouttière fermée.
  • La face amont traitée sans dosseret, avec toute l’eau du pan supérieur qui vient s’accumuler contre la maçonnerie.
  • Le recouvrement insuffisant entre deux longueurs, invisible depuis le sol et redoutable en pluie battante.
  • La corrosion galvanique entre deux métaux incompatibles, typiquement une fixation acier sur du zinc ou un contact cuivre sur zinc.

Un défaut de solin se lit rarement à l’aplomb de la tache d’humidité. L’eau chemine sur la sous-face d’un chevron, parfois sur plusieurs mètres, avant de tomber. Un solin dégradé côté cheminée peut donc se manifester par une auréole à l’autre bout de la pièce, ce qui explique les diagnostics erronés et les réparations inutiles.

Un contrôle visuel annuel suffit à repérer l’essentiel : bandeau de mortier ouvert, métal soulevé, mastic craquelé au sommet de l’engravure, traces de coulure sur la maçonnerie. Le meilleur moment reste l’automne, avant les épisodes pluvieux et les premiers gels qui font éclater les fissures existantes.

Bandeau de mortier fissuré et décollé au pied d’une souche de cheminée sur une toiture ancienne

Réparer ou remplacer : arbitrage et budget

La question se tranche sur l’état du support, pas sur celui du joint visible. Un mortier fissuré sur une souche saine se reprend. Un solin dégradé sur une maçonnerie qui se délite impose de traiter d’abord la souche.

Trois situations et trois réponses :

  • fissure fine et localisée sur un mortier sain : rebouchage au mortier de réparation ou pose d’une bande souple en recouvrement, quelques dizaines d’euros de fourniture ;
  • solin métallique corrodé ou décollé sur maçonnerie correcte : dépose et remplacement de la bande, avec engravure neuve ;
  • souche fissurée, briques gélives, enduit soufflé : réfection de la souche puis pose d’un solin neuf, le solin seul ne rattrapant jamais un support ruiné.

Côté prix, la fourniture d’une bande de solin se situe autour de 15 à 20 € le mètre linéaire selon les tarifs de négoce relevés en 2026. Posé sur un raccord courant et accessible, le mètre linéaire ressort entre 15 et 70 € selon le matériau, le zinc autour de 45 à 60 € et le plomb jusqu’à 65 €. La réfection complète du solin d’une souche de cheminée, avec dépose, saignée neuve et reprise de maçonnerie, atteint 120 à 250 € le mètre linéaire d’après les comparateurs de travaux de couverture.

Ces montants restent modestes rapportés à l’enjeu. Une infiltration prolongée par un raccord défaillant attaque le liteau, le chevron puis l’isolant, et le chantier bascule alors dans une autre échelle de dépense, celle que détaille notre méthode pour calculer le coût d’une réfection de toiture.

Prochaine étape : montez au pied de la souche à la première occasion et passez le doigt le long du raccord. Un mortier qui s’effrite ou un métal qui bouge sous la pression signalent un solin en fin de vie. Traité en une demi-journée de couvreur, il vous épargne une charpente à reprendre dix ans plus tard.